Personnalités, Vie locale

Sébastien Besatti, otage au Bataclan : “Je suis revenu à Arles pour livrer ma vérité”

Ce jeudi 13 novembre 2025, Sébastien Besatti sera à Paris, devant le Bataclan pour les commémorations des attentats. Il y a dix ans jour pour jour, l’Arlésien a fait face pendant deux heures aux kalachnikovs des terroristes, retenu en otage avec dix autres victimes dans la salle de concert parisienne. Alors qu’une série télé retrace leur histoire, Sébastien Besatti a écrit un livre pour dire sa vérité.

Publié par Romain Vauzelle le


C’est important pour vous de participer aux commémorations des attentats ?

Je n’ai jamais raté une commémoration parce que c’est un devoir. Un devoir de mémoire envers la Nation, envers la vie, envers moi-même. J’y vais pour ceux qui sont morts, ceux qui ont perdu quelqu’un et ceux avec qui je me suis reconstruit, comme les “potages” (ainsi se sont baptisés sept co-otages devenus amis après les attentats, Ndlr). J’ai envie de célébrer la vie parce que je suis du bon côté : non seulement je suis innocent mais en plus je suis qualifié de héros pour avoir sauver une femme enceinte (Sébastien Besatti l’a hissée d’un balcon auquel elle était suspendue, Ndlr). Ça m’a montré que j’étais capable de faire de bonnes choses. C’est une pierre fondatrice de ma reconstruction.

Vous allez jusqu’à dire que ce que vous avez vécu ce jour-là a été un mal pour un bien…

Je suis très mal à l’aise avec ça, parce que certains ont perdu la vie ou des proches au Bataclan. Mais oui, personnellement ça m’a apporté : j’ai commencé une thérapie dont j’avais besoin, j’ai rencontré des gens extraordinaires, j’ai repris goût à faire de la musique… J’ai réalisé que la vie était courte et que ce n’était pas demain qu’on devait faire le meilleur, mais maintenant. Des fleurs ont poussé sur nos ruines.

Qu’est-ce que les “potages” ont changé ?

Peut-être que sans eux j’aurais sombré parce qu’ils m’ont soutenu. Quand je les retrouvais, à chaque fois, c’est comme si je ressortais du Bataclan. Comme une nouvelle naissance. On a une forme de reconnaissance mutuelle et éternelle parce que quelque part on s’est tous sauvé la vie. Ils ont cautérisé mes blessures. Grâce à la série, on s’est beaucoup vus ces derniers mois et ça m’a fait du bien.

Dix ans après, des images qui vous hantent encore ?

J’ai fait des cauchemars, j’ai eu longtemps peur de sortir, j’ai mis deux ans à retourner dans une salle de concert. Je rêvais fréquemment que je me faisais tirer dessus. Et puis un jour j’ai rêvé que c’était moi qui tirais et depuis j’ai été délivré de mes cauchemars. Ce qui me hante en fait maintenant, c’est toutes les fois où je n’arrive pas à créer la paix autour de moi, où je heurte quelqu’un alors que j’aimerais être exactement l’inverse de ce à quoi j’ai fait face : la terreur, la haine, la mort.

Quel moment a été le plus dur à surmonter depuis le 13 novembre 2015 ?

C’est quand mon pote Fred, qui était lui aussi au Bataclan et m’a ouvert les bras, s’est suicidé en mai 2024. Neuf ans après, il a été la première victime physique du Bataclan que je connaissais. Jusque-là je ne connaissais que des victimes psychologiques, aucun mort ni blessé. Je ne l’ai pas vu venir et ça a été très, très dur. Cette fois, je n’ai pas pu, je n’ai pas su tendre la main au bon moment.  

Vous avez quitté Arles après le Bataclan pour finalement y revenir il y a quelques mois. Pourquoi ?

En 2018 je suis parti d’Arles justement pour me débarrasser de l’étiquette d’otage du Bataclan. Tout était ramené à ça. Je suis parti m’exiler à la montagne, j’ai vécu ensuite à Paris. Puis il y a six mois, j’ai ressenti le besoin de revenir à mes racines pour finaliser mon livre, intitulé “Qu’est-ce que je faisais là ?”.

Ce livre, comme la série, a été une thérapie ?

Exactement. Pendant plusieurs années, je ne voulais plus parler du Bataclan. Grâce à la série, j’ai raconté mon histoire au producteur, puis au scénariste et au réalisateur. “Des vivants”, c’est une forme de rédemption. La série approche de la vérité, c’est un témoignage sur ce qu’on a vécu à l’intérieur du Bataclan et sur le choc post-traumatique. Mais ça reste une fiction, et j’avais envie de reprendre la maîtrise de mon discours, d’écrire ma vérité. Mon livre vient pour démêler le vrai du faux.

Quelles réflexions nourrissent ce récit ?

Il y a deux tiers de factuel, avec ce qui s’est passé au Bataclan et au procès notamment. Et il y a un tiers où j’essaie de démêler cette impression d’avoir été la victime sacrificielle de mon pays et la réalité qui est bien plus complexe, où je raconte aussi des choses plus intimes, tout en préservant ma famille. J’essaie de voir ce qui dans mon histoire me prédestinait à être à cet endroit à ce moment-là.

Le livre de Sébatien Besatti “Qu’est-ce que je faisais là ?” est en vente à la librairie Les Grandes Largeurs et disponible à la commande sur internet.

La série télé “Des vivants” est à voir sur France TV