Finie l’approche chronologique, classique voire didactique, qui nous menait de la peinture du XVIe siècle à la photographie, genre introduit dans le musée arlésien par le photographe Lucien Clergue (pour la première fois dans un musée français) en 1965. Place au circuit thématique, qui au fil des salles fraichement repeintes et pimpées, met en évidence les dénominateurs communs entre des toiles et des installations que seuls les siècles séparent.
Qui se ressemble s’assemble
Tel pourrait être en résumé l’adage qui préside à cet heureux rapprochement : l’harmonie, le sens du détail, la technique, l’angle choisi par les artistes entrent en résonnance et livrent un discours tant sur l’universalité et l’intemporalité de l’art, que sur l’originalité de ce musée, à la fois condensé de l’œuvre du peintre et collectionneur arlésien, Jacques Réattu. Marqué par la présence de grands maîtres comme Picasso qui donna 57 de ses dessins, Zadkine, Alechinsky, Alfred Latour, un fonds patrimonial local riche, il est tout autant tourné vers la création contemporaine et l’avenir avec une politique d’acquisition active. Et si le meilleur moyen de comprendre l’œuvre de Jaques Réattu et l’histoire du musée arlésien était ce réaccrochage pensé en profondeur par Andy Neyrotti, commissaire d’exposition et responsable du pôle étude et conservation du musée de la Ville d’Arles ?
Cinq grandes thématiques
Au rez de chaussée, le parcours commence avec un nécessaire préambule sur l’histoire du musée, qui fut Grand Prieuré de l’Ordre de Malte, avant d’être atelier du peintre, puis musée d’art à l’initiative de sa fille Elisabeth Grange qui reçut ce singulier héritage. L’Histoire et les différentes façons de la décrire, le portrait, à la fois figure de style, figure d’autorité ou moyen de conserver la mémoire des proches, le paysage reproduit en atelier ou restitué dans ses nuances temporelles par la vidéo, le corps incarné par Narcisse (œuvre de Jacques Réattu restaurée pour l’occasion, mais dont on attend le retour d’ici quelques semaines), l’image présente à travers 10 000 tirages dans ces collections et dont la sélection ici présentée reflète l’aspect expérimental, sont autant de sujets et de techniques explorées à travers cinq grandes thématiques.
La création contemporaine à l’honneur
Les céramiques de Jean-PIerre Formica font écho au Colisée de Rome, dans le grand atelier de Jacques Réattu, le tapis en brisures de savon d’Alep de Christine Croizat matérialise le peintre absent, les mosaïques photo de Katerina Jebb ou les portraits antiques d’Hervé Hôte rappellent les figures antiques. Les vidéos paysages de Caroline Duchatel et les métamorphoses sonores de Julie Rousse, que l’on peut entendre et ressentir via un plancher tactile dans la chambre d’écoute, apportent des contrepoints modernes aux fleurons du musée ainsi revisités et complétés par d’autres pépites encore jamais présentées : des portraits photographiés par Ann Ray ou une image de la Vénus d’Arles réalisée par Brassaï.
Réattu Réinventé,
6 décembre 2025 – 29 mars 2026
Gratuit pour tous les premiers dimanches du mois et tout le temps pour les Arlésiens sur présentation d’un justificatif de domicile.
museereattu.fr