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Eric Cantona : “Le Festival du Dessin est magique”

L'artiste, parrain de l'événement, a parcouru les expositions avec passion à la veille de l'ouverture, prévue samedi 18 avril 2026

Publié par Romain Vauzelle le


Être le président d’honneur de cette 4ème édition, que cela représente-il pour vous ?

Je suis très fier. J’ai déjà vu quelques expositions là, et je trouve qu’il y a des choses magnifiques, extraordinaires. Et puis j’ai toujours été passionné par l’art. Quand j’ai commencé à gagner de l’argent, j’ai investi dans la peinture, je suis collectionneur, je pratique toutes formes d’art. Sans prétention. Mais l’art c’est ce qui me tient en vie, ça me permet de m’exprimer, et pratiquer toutes formes d’art me permet de passer d’un support à un autre et de ne pas m’ennuyer parce que je m’ennuie très vite.

Quelles œuvres possédez-vous ?

Des œuvres d’Anish Kapoor, de Douglas Gordon, Sophie Calle, Nan Goldin, Miquel Barceló, Oscar Murillo… J’ai aussi des vidéos, de Kader Attia par exemple. Ce ne sont que des artistes que j’aime, parce que je n’ai personne pour me conseiller. 90% des magazines que je lis c’est sur l’art, depuis que je suis tout petit. Mes goûts évoluent, mais évoluer cela ne veut pas dire renier son passé. C’est comme dans la musique : j’ai commencé à écouter de l’opéra avec mon père, et aujourd’hui j’écoute Leonard Cohen et Nick Cave. Aujourd’hui par exemple je suis dans la peinture hyperréaliste et en même temps très contemporaine. Il y a deux artistes que j’adore : Guillaume Bresson et Dhewadi Hadjab. Ce sont des témoignages de notre époque. Un peu comme le travail photographique de Mohamed Bourouissa à ses débuts. Aujourd’hui pour moi c’est ça, et demain ce sera autre chose.

L’art vous apaise-t-il ?

La pratique de l’art, oui. Mais ce n’est pas seulement lorsque l’on fait quelque chose, c’est aussi aller voir des expositions, c’est inspirant. On peut être influencé par tel ou tel mouvement. Moi il y en a un que j’adore, c’est le mouvement Cobra, parce que c’est la recherche de la spontanéité de l’enfant. C’est ce que je recherche dans la vie de tous les jours, donc ça me touche.

En plus d’aimer l’art, vous avez une affection particulière pour Arles…

Je viens ici depuis trente ans. Quand j’étais sportif j’étais déjà passionné d’art et quand on est passionné d’art, Arles est incontournable. C’est une ville sublime au niveau architecturale mais qui en plus vit à travers la culture, et c’est important que des festivals continuent de s’y créer. Cela veut dire qu’il y a une volonté politique derrière et je trouve ça extraordinaire. C’est une bonne chose pour faire vivre la ville, pour attirer des gens, mais aussi pour la jeunesse. Le Festival du Dessin travaille depuis des mois avec les écoles et permet aux enfants de développer leur imaginaire, de créer leurs propres œuvres. C’est beau de donner à voir des artistes confirmés, mais c’est formidable aussi de sensibiliser les jeunes à l’art. Mon petit neveu par exemple a eu une révélation devant un Van-Gogh, à Arles.

Vous vous souvenez d’une révélation semblable lorsque vous étiez enfant ?

J’en ai encore tous les jours des révélations ! Ma vocation d’artiste, je l’ai depuis toujours. On grandit, il y a des moments plus simples que d’autres et l’art est souvent d’un grand secours. Le dessin me touche énormément. Par exemple, j’aime beaucoup ça (il montre derrière lui une œuvre de Christelle Roulin, exposée à Croisière, Ndlr). Dans d’autres salles, ce sera autre chose. Par exemple à l’exposition de Marine Karmitz (chapelle Sainte-Anne, Ndlr), qui est absolument sublime, il y a quatre dessins de Christian Boltanski alignés. C’est très puissant.

D’autres expositions vous ont marqué ?

J’ai beaucoup aimé l’exposition d’art brut (à Croisière, Ndlr). Je suis très heureux qu’il y ait ici une expo dédiée à l’art brut. C’est un univers qui me touche, la condition de ses artistes, comment ils sont, à la fois intérieurement et physiquement. L’art devient vital, il y a une recherche de libération et un geste qui se répète jusqu’à l’obsession. L’exposition “Viva l’Italia” (Museon Arlaten et Salle Henri Comte) m’a plu aussi. Je n’ai pas vu toutes les expositions car je ne veux pas le faire au pas de course. Je reviendrai les voir en prenant mon temps. Je veux être frais et disponible quand je découvre une œuvre, ne serait-ce que par respect pour l’artiste.

Vous êtes vous-même dessinateur. Vous aimeriez exposer un jour ici ?

Ici au ailleurs, mais si ça peut se faire ici ce serait bien. J’ai une belle collection et je pense qu’elle aurait sa place dans ce Festival du Dessin qui, en un mot, est magique.