Son œuvre revisite des événements historiques, des formes musicales et des récits culturels spécifiques afin de s’interroger sur la manière dont l’histoire est produite, représentée et gardée en mémoire. Portant une attention exceptionnelle à l’image, au son, au montage et à la mise en scène, Stan Douglas crée des œuvres dans lesquelles le passé n’est jamais clos mais revient plutôt comme un champ de tensions non résolues qui continuent de façonner le présent.
Pour Bodies Never Lie, Stan Douglas a réalisé Exquisite Corpse, une nouvelle installation vidéo multicanal commandée par LUMA Arles, qui se déroule dans l’Espagne franquiste des années 1950. À cette époque, les formes régionales du flamenco étaient marginalisées, tandis que le régime cherchait à normaliser et à commercialiser le flamenco en tant que symbole culturel nationaliste. Comme la plupart des œuvres de Stan Douglas, Exquisite Corpse est construite avec une mise en scène précise et complexe. Tournée au printemps 2026, l’œuvre dépeint trois sessions informelles de flamenco dans trois lieux distincts : les grottes de Beas de Guadix, des maisons d’ouvrier·ères des salines de Cabo de Gata et un moulin à huile loué pour un mariage dans la province de Grenade. Le film, présenté au centre de l’exposition, est structuré comme un cadavre exquis en trois parties, évoquant le jeu surréaliste célébré par André Breton, dans lequel des contributions distinctes produisent des séquences inattendues, des juxtapositions et des formes collectives.
L’exposition comprend également une sélection d’œuvres cinématographiques et vidéo qui contextualisent cette nouvelle commande. Pour la vidéo à deux canaux Hors-champs (1992), présentée pour la première fois à la documenta IX à Kassel, Stan Douglas a filmé des musicien·nes de free jazz dans un style rappelant la télévision française des années 1960. Un côté de l’écran présente un montage télévisuel soigné, tandis que l’autre révèle des images qui resteraient normalement invisibles. Le free jazz, avec son rejet des harmonies conventionnelles, des accords progressifs et des tempos réguliers, était dans les années 1960 étroitement associé aux mouvements de libération politique, en particulier à Paris, où plusieurs figures noires américaines vivaient en exil volontaire. D’autres œuvres de l’exposition prolongent ce contexte français, notamment Vidéo (2007), filmée dans une banlieue parisienne, et Doppelgänger (2019), œuvre rétro-futuriste qui se déroule en Guyane française, présentée sur un écran divisé en deux.
L’exposition présente également trois des séries photographiques majeures de Stan Douglas : 2011 ≠ 1848 (2017-2021), Penn Station’s Half Century (2021) et son œuvre récente The Enemy of All Mankind: Nine Scenes from John Gay’s Polly(2024). Chacune aborde des récits historiques et des bouleversements sociaux et politiques, ainsi que des moments où l’ordre établi se fracture et où de nouvelles réalités incertaines émergent. Dans 2011 ≠ 1848, par exemple, Stan Douglas confronte des manifestations, émeutes et occupations de 2011 aux révolutions bourgeoises qui ont balayé l’Europe en 1848, montrant avec un souci du détail méticuleux et une sophistication technique la manière dont l’histoire se fait écho sans se répéter.
Le titre de l’exposition est tiré d’une citation de la chorégraphe et danseuse américaine Agnes De Mille, nièce du réalisateur hollywoodien Cecil B. DeMille, qui a écrit : « L’expression la plus authentique d’un peuple réside dans ses danses et sa musique. Les corps ne mentent jamais. » Dans l’œuvre de Stan Douglas, corps, sons et images deviennent les témoins de l’histoire, révélant ce que les récits officiels occultent.