Du au
Apnea
L’exposition Apnea présentée à la galerie Le Corridor réunit les artistes Sylvie Romieu et Sylvère. Le titre, apnée en italien, dans sa sonorité rythmique, suggère le temps suspendu inhérent au processus créatif de l’artiste, comme le moment de trêve, de libération qu’offre au spectateur la vision d’une oeuvre d’art.
Sylvie Romieu présente une série de photographies et de sculptures, en lien avec le territoire, la tentation du refuge, d’un habitat imaginaire.
Elle met en scène des assemblages précaires de cartes de géographie façonnées et de particules végétales légères et volatiles avant de les photographier. Ces paysages mentaux impalpables et aériens sont si fragiles et instables que l’artiste doit suspendre sa respiration avant et pendant le déclenchement de l’appareil. La carte de géographie, sensée indiquer le réel, est froissée, rendue illisible. Au-delà de la douceur séduisante des couleurs pastel ou finement acidulées, l’éparpillement des herbes, des graines, des pollens, suggère un univers en germination, en devenir mystérieux, inquiétant et déroutant, d’une poésie immédiatement évidente.
Ses sculptures végétales, combinaisons de brindilles, herbes sauvages, graines glanées dans son territoire des Corbières, deviennent de délicats habitacles, que recouvrent parfois un cube de plexiglas ou une cloche de verre. Références à l’instabilité de notre planète, à l’impermanence des choses ?
Face aux oeuvres de Sylvère s’impose d’emblée la réminiscence d’une beauté immémoriale. Celles-ci génèrent en effet une réelle émotion esthétique par leur intemporalité. Sa peinture aux couleurs sourdes, monochromes gris, plomb, anthracite, est réhaussée d’affleurements de craies et de crayons, d’empreintes, de traces, de formes, de signes géométriques simples et répétitifs. Il utilise comme supports les matériaux qu’il a sous la main, toiles, cartons, tissus, bois. Il grave aussi, comme les artistes dans la caverne utilisaient les irrégularités, creux ou bosses de la paroi. Pour Sylvère la mémoire de l’art est dans la préhistoire, ce qu’il souligne ironiquement en intitulant ses oeuvres en référence à Lascaux. Sa peinture renvoie à un temps antérieur, elle revendique l’art de la paroi, archaïque et universel, l’essence même de l’art des origines.