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Ces secondes ont semblé durer des heures. Assez pour que tous les toreros sautent en piste, y compris le directeur des arènes Jean-Baptiste Jalabert, pour tenter de libérer Roca Rey des cornes du toro, entre lesquels le matador est resté piégé pendant un temps insensé. Une éternité sans doute dans la tête de la star péruvienne et du public.
Roca Rey s’est relevé, secoué mais finalement transcendé par ce miracle, pour offrir une explosion de toreo, folle de courage et d’enthousiasme pour un homme qui n’a plus rien à prouver. Deux oreilles et la queue. Les arènes en liesse.
Roca Rey doit d’abord ce triomphe à son talent. Mais aussi au toro qui a suspendu sa vie au bout de ses cornes si longtemps, mais dont la bravoure a été le complice indispensable de ce sommet d’émotion. Il n’y a pas de grande corrida sans grand toro.
Ce triomphe, Roca Rey le doit enfin à Marco Perez, ce jeune loup de 18 ans que rien effraie, et surtout pas bousculer la hiérarchie. En coupant deux oreilles quelques minutes plus tôt grâce à une faena remarquable, il a chatouillé l’ego de son aîné, obligé de tout donner pour montrer qu’il n’était pas prêt à céder le trône qu’il occupe depuis près de dix ans. Celui du numéro 1. « Le patron, c’est moi ». Roca Rey a fait passer le message, coûte que coûte. Ce formidable duel a donné lieu à une Goyesque historique. De ces corridas dont on sort les yeux humides.