Vie locale

Ugo Schiavi, sculpteur archéologue du présent, au musée Réattu

Publié par fbourguet le


« Après des années de présence entre ces murs d’artistes comme Arman, Nicky de Saint-Phalle, nous avons un peu perdu de vue la sculpture au musée Réattu. Il était temps de renouer avec cette tradition. C’est Ugo Shiavi qui l’incarne à travers son exposition « Gargareôn » » résume Andy Neyrotti le commissaire de l’exposition, responsable du Pôle étude, conservation et diffusion des collections du musée Réattu.

En effet de mémoire de gargouille, on n’avait pas vu de sculpteur à l’oeuvre depuis des lustres au musée des beaux-arts de la ville d’Arles. Le retour de cet art y a été salué hier, vendredi 5 novembre 2021 lors de l’ouverture de la nouvelle exposition temporaire de l’institution culturelle, par le maire d’Arles, Patrick de Carolis, Claire de Causans, adjointe à la culture, en compagnie de l’équipe du musée dirigée par Daniel Rouvier, conservateur. La citadelle imprenable au bord du Rhône et ancien grand prieuré de l’Ordre de Malte, ne pouvait pas offrir meilleurs décor et matière au jeune sculpteur dont la réflexion porte sur l’équilibre entre le naturel et l’artificiel. Dans cette optique, Ugo Shiavi se réfère à l’histoire du lieu qu’il a investi – pendant neuf mois en tant qu’artiste résident – et à ses particularités architecturales, notamment les gargouilles, ces figures chimériques. Le récit de Gargareôn (mot grec à l’origine de « gorge », « Gargantua, « gargouille » donc…) au fil des salles est construit autour de vestiges, de l’Arles Antique, des légendes du fleuve, d’êtres hybrides, également d’élément du monde moderne. « Ici il s’agit du télescopage entre l’antique, le médiéval et le contemporain, » dit-il. Tout cela passé au mixeur de son imagination et de ses mains donne à voir une statuaire baroque, rongée par le temps, la pollution, les destructions de l’Histoire, et revisite la mythologie. Il y a un style Shiavi constitué de moulages réalisés dans l’espace public. Il y prélève empreintes historiques et traces de notre quotidien pour créer des artefacts chaotiques en phase avec les dangers qui menacent la planète, tel un énième avertissement, le besoin d’une prise de conscience. 

La sculpture au premier plan, dans l’exposition, accorde une place à la peinture. Des tableaux de « petits maîtres », parfois copies de chefs-d’oeuvre, ont été sortis des réserves du Réattu, et accompagnent le travail d’Ugo Shiavi. Dans ce contexte, ils vivent une renaissance après avoir été volés par les Nazis puis restitués à des musées régionaux.

Avec la complicité du réalisateur Jonathan Pêpe, Ugo Shiavi nous propose aussi une plongée en apnée dans les eaux troubles du film Main stream memory. Câbles de communication et trésors s’y côtoient paradoxalement. Le flux charrie aussi bien le progrès que le passé lointain – le buste de César, le chaland romain n’ont-ils pas été trouvés dans le Rhône. Voilà l’originalité de l’oeuvre du Marseillais Ugo Shiavi, fasciné par les lieux de mémoire et les usines pétrochimiques. Il est d’ailleurs surnommé l’archéologue du présent.

L’exposition Ugo Schiavi. Gargareôn, du 6 novembre au 15 mai. Renseignements, tél. 04 90 49 37 58 et sur www.museereattu.arles.fr