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Culture / Patrimoine, Personnalités, Vie locale
Publié par Romain Vauzelle le
A Arles, “photographe” se dit aussi “Farine”. Quoi de plus parlant pour comprendre ce que représente ici Charles Farine ? Des chiffres, peut-être : 50 ans à sillonner le pays d’Arles, son appareil autour du coup, pour laisser à sa mort en 2005 un million de clichés de la vie locale. Un million. Ce n’est pas une expression, c’est une estimation. Pour plusieurs générations d’écoliers, Charles Farine est resté le visage de la rentrée scolaire, celui qui les plaçait bien en rang avec son flegme indéfectible et son flash XXL, devenu pour beaucoup une “madeleine de Proust”. Mais il était aussi le photographe des mariages et des fêtes votives, des courses camarguaises et des corridas, des matchs de foot et des Reines d’Arles, des visites des people et des campagnes politiques. Un demi-siècle d’histoire immortalisé sur 450 000 négatifs.
Un fond exceptionnel que sa fille Valérie a décidé de céder à la Ville d’Arles. “Je voulais que ces photos continuent à vivre, explique-t-elle. Les confier à la commune, c’est un soulagement : je sais qu’elles sont en sécurité et qu’elles ne seront jamais perdues.” Sur la table, elle a posé un échantillon de la mine d’or laissée par son père : Johnny Hallyday à cheval en Camargue, la place Paul Doumer et la rue de la République dans les années 50, Charles de Gaulle saluant les Arlésiens depuis sa DS, Djibril Cissé et Gaël Givet tout gosses sous le maillot de l’ACA…
“La force de mon père, c’était son engagement, témoigne Valérie. Il travaillait sept jours sur sept, je ne l’ai jamais vu lever le pied.” Son travail dévorait tout, malgré un problème aux poumons, séquelle d’une tuberculose qui avait failli l’emporter dans sa jeunesse. Il fut brièvement chauffeur poids lourd et courtier en assurance avant de se lancer en autodidacte dans la photo. Ses premiers clichés sont datés de 1957. Il fait ses gammes avec le photographe Bernard Martin avant d’ouvrir un studio avec sa fille, rue Mistral. Le duo couvre principalement l’actualité pour le journal Le Provençal. “J’ai suivi ses pas surtout par envie d’entrer dans la vie active puis finalement, je me suis prise au jeu” raconte Valérie, qui fut la première femme à se faire une place dans les contre-pistes des arènes.
La photo de l’accident tragique de Nimeño lui permettra de se faire un prénom. “Mais il ne se passe pas une semaine sans qu’on ne me parle de mon père” sourit Valérie. Fidèle au poste et à sa ville, elle couvre toujours l’actualité pour l’agence d’Arles du journal La Provence. Si bien que “Farine”, ce n’est plus seulement Charles.